





mon enfance








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| Le Bourg de Sorges et la rue se rendant à l'école, au fond celle qui se rend à la Pyramide. |


Le mot d'ordre à la maison était : "il faut faire des économies !" voilà une expression très souvent entendue. Mais ceci avait son bon côté car mes parents avaient deux jardins dont l'un proche de la maison. On s'y rendait par un chemin étroit qui passait devant la cave que mon père appelait un "cavreau", longeait d'autres parcelles de jardin, puis passait ensuite devant la maison de la propriétaire isolée au milieu de toute cette verdure. Mon père m'avait demandé, un jour, d'aller chercher une paire de ciseaux auprès de ma mère restée à la maison en me recommandant bien de ne pas courir au retour. Moi, bien sûr, sur le chemin du retour, je me suis mise à courir en pensant aux grappes de raisin que mon père allait décrocher et suis tombée sur la paire de ciseaux. Mon père m'a ramenée le genou sanguinolent dans ses bras. J'ai gardé pendant longtemps la marque des ciseaux sur mon genou.
L'autre jardin se trouvait sur la route de Sorges, mon père m'y emmenait dans sa brouette. Aller au jardin en brouette était magique. Se frotter aux choux pleins d'eau avec les perles de rosée qui vous éclaboussaient le visage, c'était un délice. C'était une joie pour moi d'aller au jardin. Je garde sans doute de cette période la passion du jardin.
On n'avait pas besoin d'avoir la fibre "écolo" dans ce temps là ; actuellement c'est très à la mode mais on ne fait que revenir en arrière car nous "on était tombés dedans tout petits". mon père - faute d'avoir l'eau "courante" utilisait les bons vieux arrosoirs en zinc pour aller chercher l'eau du puits qu'il distribuait parcimonieusement dans chaque allée du jardin sur les légumes "qui en avaient besoin !". Des "pesticides" un peu, beaucoup, heu, non pas beaucoup : le peu que lui confiait l'herboriste. Comme engrais, c'était surtout le bon vieux "crottin" de cheval qu'il fallait ramasser sur la route après le passage du "bougonnier" ou d'une carriole. Ca fumait et çà embaumait le couloir en passant ... pas besoin de désodoriser le couloir et pour cause : il n'y avait pas de désodorisant. Donc avec le crottin de cheval, jardinage "bio" c'était un bon fertilisant même il y a 60 ans, composté (jamais frais sur les racines), c'était de l'or pour le jardin. Eh oui, messieurs les écolos : écologie, environnement, développement durable tout cela s'est "développé" bien après.
Les carottes ont besoin d'un bon arrosage : alors un arrosage au lessis (cendre de bois diluée dans de l'eau) c'est très efficace contre les insectes car la cendre de bois contient du potassium que la carotte apprécie tout particulièrement. Je ne me souviens plus du reste...
Le bon vieil adage "il faut faire des économies" n'avait pas bien sûr que du bon car maman utilisait pour faire des confitures (précision : au tout début des années 50) du sucre qui ne devait pas être de bonne qualité - je crois que c'était du "sucre cristallisé" ; bref, il devait aussi cristalliser les confitures : elles n'étaient pas molles, il fallait faire des efforts surhumains pour rentrer la cuiller dans le pot à tel point que la cuiller restait plantée droite debout dans le satané pot de confitures, sans problème.
L'habillement n'échappait pas aux règles de l'économie. On distinguait ceux de tous les jours, d'où l'expression "être en tous les jours" de ceux du dimanche. Au regard des photos, les habits que nous portions, hiver comme été, étaient fort coquets. Maman avait un certain gout de la toilette et, pour l'époque, nous n'avions rien à envier aux enfants de classes sociales plus élevées. Pour aller à l'école, cependant, nous portions un sarrau généralement de couleur claire mais certains écoliers portaient encore le sarrau noir. On portait le capuchon qui faisait partie de l'uniforme de l'écolier : c'était une cape d'une épaisse étoffe noire ou bleue marine. La galoche complétait l'uniforme. Mais cet uniforme a disparu très vite après les années 50 pour laisser place à des vêtements plus coquets en raison de l'évolution de l'économie des ménages, ce qui correspond, pour moi, à peu près à l'époque de mon entrée en sixième (1958). En attendant, j'allais donc avec ma petite voisine que sa mère appelait gentiment Jacotte, à l'école, avec capuchon et galoches.
Nous n'avions pas l'eau courante à la maison et l'on avait toujours recours au puits situé dans la cour voisine de celle de notre habitation, séparée par une vieille palissade en bois. J'accompagnais régulièrement maman ou papa au puits, car cette vision du seau en zing accroché à une grosse chaîne qui heurtait l'eau me fascinait et il fallait beaucoup d'ardeur pour faire tourner les lourdes manivelles qui entraînait le treuil autour duquel s'enroulait la chaîne qui retenait le seau. Je me souviens d'une fois, dans mes premières années, nous avions, maman et moi, récupéré ma chatte Miquette alors qu'elle était dans une position très inconfortable sur la margelle du puits.
Nous allions chercher du lait frais dans les dépendances d'une très vieille maison bourgeoise située à l'entrée de la route de Saumur et maman en profitait pour ramasser de la luzerne dans le champ qui s'étendait devant l'habitation pour nourrir ses lapins. Le toit de cette maison de style monacal était coiffé d'une petite tourelle ce qui lui donnait un aspect encore plus sévère. Triste était cette vieille bâtisse sans aucun cachet aux volets constamment fermés, mais j'ai l'impression, encore aujourd'hui, que notre univers grisonnait de partout, de la façade de notre maison du 19, rue Camille Perdriau comme sur celle de la maison à la tourelle ou sur l'espace cimenté de la cour jusque sur le pelage des lapins dans les clapiers du jardin. Il faut reconnaître que le pays sortait d'une guerre destructrice et beaucoup de maisons étaient vétustes, délabrées, sans fleurs aux balcons.
Seuls les champs plantés de luzerne, les jardins familiaux et les prés parsemés de pâquerettes au printemps appartenaient à un monde enchanteur dans ces fragiles instantanés de ma prime enfance.
Ci-dessous, mon frère et moi devant la fenêtre du petit logement de Mme D......, au fond la palissade en bois séparant notre cour de celle où se trouvait le puits commun.








| 1er couplet : Le printemps qui charme la bergère, Le printemps ne dure pas longtemps. Les beaux jours amis ne durent guère Les beaux jours mes frères sont bien courts. 2ème couplet : Le printemps réjouit la bergère, Le printemps met la bergère aux champs. Aimable bergère, tu ne danses guère, Le printemps est court, profite des beaux jours 3ème couplet : Fraîches fleurs seront bientôt fanées,Fraîches fleurs vont perdre leurs couleurs.En passant, mesdames les années En passant, fuyez d’un pas glissant. | Refrain : R) Tirarirarire, il vaut mieux en rire, ) bis |
De gros tilleuls abritaient les cours de récréation des filles et celle des garçons et avant les grandes vacances qui débutaient généralement au 14 Juillet, nous, les élèves étions chargées de cueillir avec délicatesse les fleurs de ces tilleuls sitôt que le maître d'école, perché sur une échelle, en eut détaché les branches. Les fleurs étaient ensuite entassées dans des grands sacs de jutes pour être ensuite séchées. Nos cours de récréation embaumaient de ces fleurs de tilleul au début de chaque été et, avant les grandes vacances, les récrés de ces fins d'années scolaires resteront toujours dans la délicieuse odeur de miel qui se dégageaient des tilleuls.
LES DIMANCHES EN FAMILLE A LA PYRAMIDE
D'aussi loin que je m'en souvienne, une autre image me revient : le dimanche, mon père se plaçait devant le miroir accroché près de la fenêtre et c'était l'occasion de rire et de chanter en faisant mousser le savon à barbe. Il utilisait avec dextérité le rasoir après s'être confectionné une barbe bien moussante. Moi, je le regardais et m'en amusais. J'aime me rappeler ces moments de bonheur bien simple, ma foi.
Si pour certains le dimanche était la journée du Seigneur, nous on écoutait les chansonniers à la radio qui brocardaient gentiment les hommes politiques et ce n'était rien à côté des guignols de l'info de notre télé actuelle.
Quand on écoutait la radio on se pressait inévitablement autour d'un vieux poste Ducretet Thomson des années 30 (mes parents l'avait acheté en 1937 pour connaître les nouvelles internationales qui n'étaient guère rassurantes à l'époque et surtout savoir si oui ou non, il allait être obligé de partir à la guerre ce qui était encore moins réjouissant...).
Quand il y avait des parasites ou que le son n'était pas bon, mon père tapait dessus comme un sourd ce qui n'arrangeait pas forcément le son... Il écoutait la chronique politique de Geneviève Tabouis, les "Dernières nouvelles de demain" qu'elle entamait inévitablement par sa phrase fétiche "attendez-vous à savoir" relayée par des "et vous saurez...". Mon père adorait écouter Geneviève Tabouis et inutile de vous dire que nous les enfants on avait intérêt à se taire. Mes parents n'étaient pas plus autoritaires que les autres, pour l'époque, mais, par exemple, pas question de parler à table. Si nous deux nous chahutions, mon père qui, en semaine, ne se séparait jamais de son bérêt crasseux de la "carrière" durant les repas retirait prestement son couvre-chef qui atterrissait brutalement sur nos deux têtes avec.... la poussière d'ardoise en prime.
Pendant le repas dominical, nous avions droit à un menu un peu amélioré et, souvent, ma mère, pour le dessert ouvrait un bocal de fruits au sirop. Mais ô combien l'ouverture était laborieuse : le caoutchouc restait lamentablement collé au couvercle. Il fallait presque un marteau ou un burin pour ouvrir le satané bocal. Cela agaçait chaque fois prodigieusement ma mère et faisait rire mon père qui était obligé de s'arrêter de ... rire sinon ça finissait mal pour le bocal de pêches ou de poires au sirop.
"Après la pluie le beau temps" chantait Ray Ventura à la radio. Partout, "Ya d'la joie" et pendant que les amoureux se bécotent "sur les bancs publics", on sent chez le français moyen une frénésie d'amusement, de gaîté, de rire ... ses tickets alimentaires digérés, la France reprend goût à la vie, à la fête. Les bals de quartier, les assemblées se multiplient.
Dans les années cinquante, à la fin du printemps, a lieu chaque année à la Daguenière, un défilé très coloré de chars magnifiquement décorés de fleurs en papier avec groupes de musiciens accompagnés de l'harmonie locale. Le dernier char généralement décoré de fleurs blanches accueille la reine du village et ses demoiselles d'honneur acclamées par le public très nombreux sur le parcours car tous les habitants du secteur s'y retrouvent. On se déplace "à bicyclette", c'est une véritable procession de familles en vélo qui partent vers le village ligérien. Ces fêtes ont disparu depuis belle lurette....
Balade à ANGERS un certain dimanche, descendant la rue Baudrière toujours dans les années 50, ci-dessous :



